un pas de danse
Je traîne les pieds. C’est vrai j’ai pas vraiment envie d’y aller. Pourtant j’y vais. Suis vraiment contradictoire ? Pourquoi cette démarche aussi démotivée ? C’est indéniable, je suis crevée. Comme d’habitude j’ai préféré l’éveil au sommeil. En plus mes pieds ne se plaisent pas dans mes chaussures. Evidement, je les ai usées uniquement sur les cotés extérieures du talon. Je sais, faut que je m’en rachète d’autres. Sauf que y’a rien qui me plait. Je ne suis pourtant pas si compliqué que ça. Je recherche juste des chaussures qui répondent aux recommandations du podologue. Quelle incohérence !!! Ce spécialiste des pieds émet des conseils généralistes…. pour marcher au mieux et on ne peut pas les mettre en application avec la proposition du marché. Comme ça, on ira tous consulter un podologue…. Qui nous conseillera des chaussures…. Et rebelote !!
Enfin, comme à mon habitude, je m’éloigne du sujet pourtant essentiel. Je n’ai pas envie et pourtant j’y vais. Traduction : je souhaite y aller mais j’ai pas confiance en moi. Alors les excuses pleuvent. C’est parce que je suis sortie sans le masque (qui ne fait pas allusion à un maquillage excessif mais plutôt à une paire de lunette derrière laquelle j’ai l’impression de cacher mes cernes). C’est parce que j’ai toujours des boutons éparses sur le visage (oui, bon, vous pouvez faire les fières vous, les petites minettes à la peau nickelle…. vous sourirez peut être un peu moins le jour ou vous arrêterez de prendre la pilule… car il est là le vrai problème… on met toutes les jeunes filles en fin d’adolescence sous pilule pour faire disparaître l’acné, mais c’est juste une bombe à retardement….). C’est parce que je suis préoccupée par mon ou plutôt mes dossiers pour ma formation. Ai je le droit d’y croire ? Ne suis je pas sur un terrain glissant ? Dois je me préparer à une nouvelle déception ?
Parce que je ne maîtrise pas le rock. Je dirai même plus, je n’ai même pas les bases d’acquises. Si j’ai déjà dansé avec mon papa. Extraordinaire !
Bon, maintenant j’y suis. Y’a tout plein de gens. Plutôt jeune. Je regarde à travers la vitre. Oula, c’est plein jour à l’intérieur. Ça va pas ça. Je croyais que les lumières allaient être tamisées. Bon, je rejoins du monde. Incapable de m’intégrer dans la conversation. Forcément je viens de me gratifier d’une tonne d’excuses, elles ne vont pas s’envoler en 10 secondes.
Oser ou pas oser ? Danser ou pas danser ? Provoquer ou laisser venir ? Vivre ou mourir ? ça suffit maintenant, je ne suis pas venue pour me morfondre sur mon sort. Je ne veux plus ressasser d’excuses, peut être valables, qui ne font que transparaître une personne qui ne me ressemble pas. Par contre, facteur indispensable à mon lâché prise, il faut que l’amie qui m’accompagne ne déprime pas dans un coin exilé. Forcément elle me trouve aussi des tas d’excuses, je connais la chanson mais je ne me laisserai pas avoir. Si tu ne danses pas, je ne danse pas. Provoquer pour les autres. Je dépasse peut être les bornes. Sans doute que chacun doit aller à son rythme. Mais je n’ai pu me retenir.
Voilà, je ne sais pas danser. Le rythme en quatre temps ? ah, sans doute. Oula, j’ai perdu la main. Aie, ça tourne…. Ah, effectivement j’ai fait un tour de trop. Oups, ça s’était un pied et pas le mien. Tiens, je ne savais pas que l’on pouvait danser du rock sur ce genre de musique. En fait j’aime bien. Je commence à déconnecter. Se laisser porter. Ne plus penser. C’est pas si simple ! « Comment faire déconnecter mon esprit analytique ? » Sujet fort intéressant que je devrais proposer à des chercheurs en sciences neuronales. Il a l’air de savoir danser. Pourquoi donc il n’invitait pas de fille ? J’espère que je ne devrais pas discuter avec lui après. A t il pris mon invitation à danser pour une avance ? La chanson se termine. Merci. Hop, au suivant. Surtout ne pas m’autoriser de période de latence trop longue. Ne pas laisser l’hésitation s’installer. « bonjour, je suis débutant, je sais pas danser, ça te dit ? » « euh, oui, mais là en fait je suis bourré…. »Ce fut le seul refus de la soirée !! Allez, au suivant. Regard. Parole. Prise de la main. Emmènes sur la piste. Y’a du monde. Il fait chaud. C’est reparti. Je n’ai pas spécialement progressé mais je commence à apprécier. C’est agréable de danser avec quelqu’un. Faire abstraction de la foule c’est une impression particulière. Ok, c’est technique mais tout de même je trouve que cela a un coté intimiste ( coordination des mouvements, écoute de l’autre, croisement de regards). Enfin. C’est rigolo. Toutes les personnes avec qui j’ai dansé ont leur façon. J’ai pris le parti de sourire à mes grossières maladresses.
Bon, la prochaine fois, j’oserai la jupe et d’autres chaussures.