6 heures aux urgences
Je ne sais comment mes pieds arrivèrent à se mettre l’un devant l’autre pour me faire avancer jusqu’à l’hôpital. La douleur était prenante. J’essayais de me concentrer sur ma respiration. Je tentais de divertir mon esprit. Impossible, je restais focalisée sur ce mal inconnu qui me poignardait le coté droit du ventre.
« urgence 24h / 24h adulte ». J’arrive dans un petit hall. Quelques sièges majoritairement occupé. Je ne sais à qui m’adresser. Aucune indication. Je m’empresse de m’asseoir. Tant pis si je passe mon tour. Je ne tenais plus debout. Je me renseigne auprès de ma voisine. Il s’avère qu’il n’y pas vraiment de règles. Tout dépend du monde et de la gravité. Les personnes assises n’attendent pas forcément d’être inscrite. Certaines patientent pour des résultats, d’autres espèrent qu’une chemise blanche sortent des portes battantes et les nomment.
Peu de temps après mon arrivée, une infirmière se renseigne sur les raisons de ma venue puis me fait asseoir derrière le rideau. Un grand rideau blanc qui nous séparent de la salle d’attente. C’est l’inscription. Il suffit juste d’une carte d’identité. Je ne présenterai même pas ma carte vitale. Je répète le même discours : « douleur bas ventre droit ». On prend ma tension et ma température. Elle enregistre toutes les données sur son ordinateur. J’ai le droit d’aller remplir un flacon d’urine et je retourne m’asseoir.
Je suis maintenant dans la même situation que les personnes qui guettent les portes battantes. Soupirant à chaque fausse alerte. En fait non, je soupirais pas. Je crois que je soupire rarement. Mon nom fut appelé rapidement. Je suis conduite dans un box. « déshabillez vous, mettez toutes vos affaires dans ce sac en plastique et allongez vous, on arrive de suite » Bien sûr, il faut que je ré explique les raisons de ma présence, définisse mes douleurs… Soit. Je dis timidement à l’infirmière qui quittait la pièce qu’avec seulement un drap, j’allais avoir froid mais elle me répondit de ne pas m’inquiéter. On m’en donnerait un deuxième. Soit. J’attends. Allongée, recroquevillée dans une chemise bleu foncée recouverte du drap. Il ne fait pas chaud. Le médecin arrive. Il m’examine. De nouveau je dois réitèrer mes explications. Il n’avait pas mon dossier mais un bout de papier volant sur lequel il cribouillait mes dires. Soit. En quelques secondes il avait terminé. Il repart. Je lui réclame un drap supplémentaire et un récipient au car ou j’aurais encore quelque chose à vomir. Me voilà seule. J’apprécie d’être allongée. J’ai toujours froid. Je bougeotte dans mon brancard pour essayer de me réchauffer. Je chantonne pour focaliser mon esprit sur autre chose que ma douleur. J’attends. La porte s’ouvrit quelques fois mais c’était sans doute des erreurs. Cela avait pour conséquence de me sortir de mon état semi ensommeillé. Au bout de quelques temps, un infirmier apparaît. Prise de sang. Je lui annonce que je réagisse souvent physiquement à ça. Il me faut généralement un sucre imbibé de rhum pour éviter le malaise. Finalement, tout se passa très bien. Je dois maintenant me rhabiller. Mes affaires pliées dans le sac plastique blanc estampillé « hopitaux de paris » sont libérées.
Je regagne un siège dans la salle d’attente. Quelques têtes famillières. Je ne serais dire si je vais mieux ou non. Peut être. En tout cas si je suis là c’est que ce n’est sans doute pas l’appendicite. Peut être que je n’ai rien du tout. Malade imaginaire ? Je sors un bouquin. J’ai du mal à me plonger dans ma lecture. J’observe les aller venue du personnel, je m’invente des histoires des personnes viennent ici. Les raleurs, les impatients, les souffrants, les "hors la loi" encadré par des policiers, les comics, les turbulants, les provocateurs, les bavards, les curieux.... bref, je crois pouvoir dire que c'est un bon échantillon de la société. Je pense à la série urgence. Je rigole des sapeurs pompiers qui arrivent tout fier dans leurs beaux costumes (et qui en profitent pour faire la bise aux infirmière !). A 19h c'est l'heure creuse. Les gens doivent manger et donc moins de catastrophe "domestiques"! Ce moment je l’appelle l’attente avec un grand A. Au bout de 2h, je m’avise à rallumer mon portable. Je n’avais prévenu personne de ma présence aux urgences. Ni ma famille, ni mes amis, pas même mes collègues de boulot. La nuit tombe. J’espère avoir les résultats et ne pas rentrer trop tard chez moi pour pouvoir faire une bonne nuit de sommeil. J’ai deux messages sur mon répondeur. Je me sens mieux. J’ai presque envie de partir sans attendre les résultats. Finalement la crise est passée.
Après deux relances de ma part, un médecin arrive en s’excusant avec mes résultats à la main. Il est 21h. Je suis aux urgences depuis 3h de l’après midi. Les analyses sont négatives. Il n’y a pas d’infection. C’est sans doute une colique néphrétique. Arrêt de travail jusqu’à vendredi. Quoi ? Ah bon… Ordonnance pour aller passer une écho le lendemain.
Je quitte les urgences. J’en oublie mon dossier. Tant pis. Je suis exténuée. J’ai besoin de rentrer chez moi. Je préviens une amie qui habite à coté que, finalement, ayant un arrêt de travail, je ne dormirai pas chez elle. Je la remercie sincèrement. Des simples mots de réconfort peuvent être très important dans ces cas là. Ceci dit, je me suis enfermée toute seule dans ma douleur en ne prévenant personne. J’ai attendu d’aller mieux pour donner de mes nouvelles. C’est singulier comme comportement.